LANGUES


"Vous parlez combien de langues ?" Voilà sans doute la question que les interprètes entendent le plus souvent. Elle traduit une confusion extrêmement fréquente qui consiste à assimiler un interprète à un individu polyglotte. S'il existe un petit nombre d'interprètes avec un nombre impressionnant de langues de travail, l'immense majorité des professionnels se contente de deux, trois voire quatre langues. Un interprète de conférence professionnel doit avoir une connaissance très approfondie de ses langues de travail. Le qualitatif prend ici largement le pas sur le quantitatif.

Les connaissances linguistiques de l'interprète ne se limitent pas en effet à la "langue" stricto sensu. Elles doivent également englober toute la réalité culturelle des régions où ces langues sont utilisées. L'exemple de l'anglais illustre l'ampleur du défi.

Les langues de travail des interprètes de conférence sont classées en trois catégories, A, B et C (définitions de l'aiic) :

Langues actives :
 A :

La langue maternelle de l'interprète (ou une autre langue rigoureusement équivalente à une langue maternelle), vers laquelle il travaille à partir de toutes ses autres langues de travail, généralement dans les 2 modes d'interprétation : simultanée et consécutive.

Tout membre doit avoir au moins une langue A mais peut en avoir plusieurs.

 B : Langue dont l'interprète, sans qu'elle soit sa langue maternelle, a une maîtrise parfaite et vers laquelle il travaille à partir d'une ou plusieurs de ses autres langues. Certains interprètes ne travaillent vers cette langue que dans un des 2 modes d'interprétation.

 Langues passives :
 C : Langue dont l'interprète a une compréhension totale et à partir de laquelle il travaille.

La connaissance des langues est une condition nécessaire, mais non suffisante à l'exercice de la profession d'interprète.Le traitement analytique inhérent à la démarche interprétative le montre clairement (cf. Théorie).

Chaque fois que cela est possible, l'interprète travaille vers sa langue A à partir de ses langues B ou C, sachant que le travail de A vers B est relativement courant, notamment en interprétation consécutive (plus rarement de C vers B). L'interprétation vers la langue A - qui équivaut à la bonne vieille version enseignée au lycée - n'offre que des avantages : le message - parfaitement compris dans la langue source - sera en effet réexprimé avec la plus grande précision et dans toutes ses nuances dans la langue cible (langue A / langue maternelle) dont le maniement est parfaitement maîtrisé par l'interprète. La langue A (presque toujours la langue maternelle) est synonyme de spontanéité, richesse lexicale, aisance stylistique etc.

Pour reprendre la formule de Danica Seleskovitch, fondatrice de la traductologie moderne et de la théorie du sens, "dans sa langue maternelle on plie sa langue à sa pensée, dans une langue étrangère on plie sa pensée à sa langue". Autrement dit : dans sa langue maternelle on dit ce que l'on veut, dans une langue étrangère on dit ce que l'on peut. Ce constat qui vaut pour tout locuteur s'applique pleinement à l'interprétation (comme à la traduction) : la "version" sera toujours préférable au "thème".

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